Les ruines d’un château primitif : Le Castellas de Montredon




Le Château de Saint-Pierre-des-Clars ou Le Castellas de Montredon se dresse sur une butte isolée à 92 m d’altitude, en bordure de la route menant à la célèbre Abbaye de Fontfroide.

Il domine la dépression de Montredon et surveillait l’ancien chemin reliant Narbonne aux Corbières. Il est mentionné pour la première fois à la fin du Xe siècle et plus précisément vers 978, bien que le site ait probablement abrité un poste de signalisation romain bien avant..



Dépendance historique des Vicomtes de Narbonne, il occupait une position de verrou stratégique protégeant l’accès sud-ouest de la cité narbonnaise. Contrairement à un château résidentiel « classique », il a surtout joué le rôle de forteresse de surveillance et de point d’alerte face aux dangers venant des terres.


Il est organisé autour d’une structure défensive primitive :

Le logis seigneurial est symbolisé par une tour maîtresse quadrangulaire, aussi appelée donjon bâtie au point le plus haut. D’une construction soignée, elle conserve, fait notable, les traces de sa voûte en berceau au rez-de-chaussée (voir photo ci-dessous). Ce niveau bas, aveugle et accessible uniquement par une trappe depuis l’étage, servait de réserve ou de cachot, tandis que le premier étage constituait l’espace de vie et de commandement.

Ensuite, une vaste enceinte ellipsoïdale se déploie autour de la tour, épousant la forme de la colline. La particularité architecturale majeure de ce rempart est l’utilisation de lOpus Spicatum, appareil en arête de poisson. Cette technique de maçonnerie, héritée de l’époque romaine et très prisée au Haut Moyen-Âge (Xe-XIe siècle), consiste à disposer les pierres plates en épis inclinés. C’est un marqueur d’ancienneté précieux qui distingue ce château de beaucoup de ses voisins plus tardifs.
L’enceinte semble avoir été vide de constructions denses, servant probablement de vaste refuge pour les populations et les troupeaux en cas d’attaque, plutôt que de lieu de vie permanent.


L’état actuel de ruine du Castellas de Montredon est le résultat direct des tensions religieuses de l’époque moderne.

La première phase de sa vie s’achève avec son intégration au domaine royal français à la fin du XVe siècle. En 1477, le roi Louis XI en fait don à son médecin personnel, Claude de Moulins. Le site perd alors peu à peu son rôle militaire de premier plan au profit d’une gestion plus lointaine.

Cependant, c’est au XVIe siècle, durant les Guerres de Religion, que son destin bascule tragiquement. Narbonne, ville catholique, craint que cette forteresse isolée ne serve de repaire aux troupes protestantes qui ravagent la région. Entre 1565 et 1575, les consuls de Narbonne exigent et obtiennent son démantèlement préventif. Les murailles sont alors abattues et le site rendu militairement inutilisable pour éviter qu’il ne devienne une « épine dans le pied » de la cité archiépiscopale.

État actuel de l’édifice


Par la suite, le site tombe dans l’oubli, devenant une ruine romantique livrée aux vents des Corbières.

On le redécouvre aujourd’hui comme un site archéologique témoin des techniques de construction du l’An mil. Bien que moins spectaculaire que les châteaux cathares voisins, il offre aux spécialistes un exemple lisible de l’architecture castrale primitive.

Il est aujourd’hui un site accessible aux randonneurs curieux, offrant un panorama exceptionnel sur le massif de Fontfroide et la plaine narbonnaise. Le Château de Saint-Pierre-des-Clars de Montredon, avec ses murs en arêtes de poisson, demeure une sentinelle de pierre rappelant la vigilance constante des Vicomtes de Narbonne sur leur arrière-pays.

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